Des maux des descendants comme le murmure des mots des ancêtres

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Sexualité et transgénérationnel :

En octobre 2024, j’ai eu le plaisir et l’honneur d’animer une conférence-formation pour la Société Française de Sexologie Clinique, dont je suis membre depuis 2022 et administratrice depuis 2026. Cette intervention s’inscrivait dans le prolongement de ma pratique clinique, à la croisée de la gestalt-thérapie, de la sexothérapie analytique et de la psychogénéalogie.

Une sexualité inscrite dans une histoire

La sexualité ne se construit pas uniquement dans le présent. Elle s’élabore au fil de notre histoire personnelle, mais également au sein d’un héritage familial et culturel plus vaste. Éducation, normes sociales, expériences de vie, mais aussi traumatismes et non-dits participent à façonner notre rapport au corps, au désir, au plaisir et à la relation.
 
Dans ma pratique, certains troubles sexuels apparaissent comme liés à des schémas répétitifs invisibles, involontaires et inconscients. En gestalt-thérapie, ces phénomènes peuvent être rapprochés de la notion de « gestalts inachevées » : des expériences passées non intégrées qui continuent d’agir dans le présent, notamment dans la sphère intime.
Des maux des descendants comme le murmure des mots des ancêtres Myriam Eelbode

L’apport de la psychogénéalogie

Mon parcours initial de juriste et médiatrice, notamment en espace judiciaire de rencontre, m’a confrontée à des situations humaines complexes où les liens familiaux étaient fragilisés. Cette expérience a été déterminante dans mon orientation vers la psychogénéalogie.
La psychogénéalogie, à la croisée de la psychologie et de la généalogie, propose d’explorer les influences des dynamiques familiales sur plusieurs générations. Elle interroge les enjeux de filiation, les modes de communication, les traumatismes, mais aussi les répétitions inconscientes qui peuvent traverser les lignées.
Les travaux de Anne Ancelin Schützenberger, notamment à travers son ouvrage Aïe, mes aïeux !, ainsi que ceux de Serge Tisseron dans Les secrets de famille, ont contribué à mettre en lumière ces transmissions invisibles, faites de loyautés familiales, de secrets et de non-dits.

Sexualité et transmissions invisibles

La sexualité peut être traversée par ces héritages silencieux. Loyautés inconscientes, tabous, événements cachés ou traumas non élaborés peuvent influencer profondément l’intimité. Ce qui n’a pas été nommé ou symbolisé dans une génération peut chercher à s’exprimer autrement dans les suivantes.
 
Dans certaines situations cliniques, cela peut se manifester par des troubles du désir, des difficultés d’accès au plaisir, des compulsions sexuelles ou des schémas relationnels répétitifs. Ces manifestations peuvent parfois être mises en lien avec des histoires familiales marquées par des violences, des abus, des secrets ou des interdits.
Ainsi, la sexualité ne se limite pas à une dimension individuelle : elle s’inscrit dans un champ relationnel et historique, où se rejouent parfois des éléments anciens, encore actifs dans l’inconscient.

Une approche thérapeutique intégrative

Lors de cette conférence, j’ai proposé aux professionnels présents – sexothérapeutes, psychologues, médecins, psychiatres, médiateurs, conseillers conjugaux – d’explorer ces dynamiques à partir de cas cliniques anonymisés.
L’approche que je développe est intégrative. Elle articule la gestalt-thérapie, la sexothérapie analytique et la lecture transgénérationnelle. Il ne s’agit pas d’établir des causalités rigides, mais d’ouvrir des pistes de compréhension permettant d’éclairer les vécus.
 
Le travail thérapeutique vise à mettre en lumière les héritages inconscients, afin de permettre à la personne de les reconnaître, de s’en différencier et de retrouver une capacité de choix. Comme le souligne Boris Cyrulnik, la psychothérapie est un processus de mise en récit permettant de réinscrire le trauma dans une histoire, là où il était resté isolé.

Le génosociogramme : un outil au service du sens

Parmi les outils mobilisés, le génosociogramme occupe une place centrale. Il permet de représenter l’histoire familiale sur plusieurs générations et de faire émerger des répétitions, des événements marquants ou des zones de silence.
 
Cependant, l’exploration transgénérationnelle nécessite un cadre rigoureux. Elle suppose une stabilité émotionnelle suffisante et une posture thérapeutique éthique. Revisiter l’histoire familiale peut réactiver des souffrances, générer des incompréhensions ou des tensions. Dans certaines situations de fragilité psychologique, cette approche doit être utilisée avec prudence, voire évitée.
 
Il est donc essentiel que les praticiens soient formés et supervisés dans l’utilisation de ces outils.

Se libérer sans renier son histoire

L’hypothèse transgénérationnelle propose que certains troubles psychiques, somatiques ou sexuels puissent être influencés par des transmissions inconscientes. Toutefois, cette lecture reste au service de la personne accompagnée. Il ne s’agit jamais de l’enfermer dans une histoire, mais de lui permettre de s’en dégager.
 
Le travail thérapeutique peut alors soutenir plusieurs mouvements essentiels : reconnaître ce qui a été, se séparer de ce qui ne nous appartient pas, assimiler ce qui peut l’être, et parfois sublimer l’histoire en une ressource.
 
Dans cette perspective, la sexualité peut retrouver sa dimension vivante et relationnelle. Comme le rappelle le Dr Michel Delbrouck, elle est avant tout une activité relationnelle, un processus en mouvement entre soi et l’autre.

Conclusion

Explorer les liens entre sexualité et transgénérationnel, c’est ouvrir un espace de compréhension où l’intime dialogue avec l’histoire. C’est permettre à chacun de redonner du sens à ses vécus, de sortir des répétitions et de retrouver une liberté intérieure.
Pour conclure, je citerai Thich Nhat Hanh : « La paix commence toujours par soi-même. » Une invitation à habiter pleinement son histoire, sans en être prisonnier.
 
Sources de bibliographie de mon article à l’issue de ma  conférence pour la société française de sexologie clinique (10/24 , à Paris )
Sources de BIBLIOGRAPHIE : 
– Anne Ancelin Schutzenberger : «  Aïe, mes aïeux » (Édition Desclee de Brouwer 2009) + vidéo stress post- traumatiques :  « Nommer les choses » (2018)
– Serge Tisseron : «  Les secrets de famille » Puf (2011) 
-Dr Daniele Flaumenbaum : » Femme désirée, femme désirante »( ed Payot 2017) 
– Maitre Thich Nhat Hanh : « Prendre soin de l’enfant intérieur, faire la paix avec soi »( ed pocket 2015) [nous sommes nos ancêtres et nos descendants / en vietnamien «  utérus » se dit  tu cung, le «  palais de l’enfant »] 
– mon travail de clinicienne  

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